Au-delà du soutien scolaire, une association aide à retisser les liens de la cité.
C’est une drôle de petite maison de briques, en forme de chalet, comme incongrue
au pied des barres d’immeubles des Pâquerettes,dans
le quartier populaire et cosmopolite du Petit Nanterre
(Hauts-de-Seine). Dans la salle principale, l’atmosphère est
studieuse. Autour des tables octogonales,des enfants et des
adolescents travaillent en compagnie d’un adulte. Des étagères proposent des livres scolaires de tous les niveaux. Au
mur,des dessins d’enfants.Un
ordinateur est branché sur Internet.
Daischain, quinze ans, vient
régulièrement : une heure
trente le lundi, le mercredi et
le vendredi,une à deux heures
le dimanche. Un « accro » !
Élève en seconde, l’adolescent
d’origine sri-lankaise avait des
difficultés scolaires. Diane,
vingt-huit ans, ingénieur agronome, l’accompagne pour les
matières scientifiques.Elle est
venue pendant deux ans, bénévolement, aider les enfants
et les adolescents en difficulté scolaire, avant de devenir
salariée de l’association. En
quelques
mois, l’amélioration des
résultats de
Daischain a
été évidente.
Comme pour
Mohamed,
même âge, assis à la même
table. En seconde également,
il est arrivé d’Algérie voilà un
an, en comprenant le français
mais le parlant mal, et sans
l’écrire…« En une année scolaire, j’ai fait des progrès spectaculaires », dit-il avec un sourire timide,dans une langue désormais fluide.
« Ils réussiront si un partenariat fonctionne entre l’école, la famille et l’association. »
Une deuxième maison
L’association Zy’va (« vas-y »,
en verlan) est beaucoup plus
qu’une simple structure de
soutien scolaire. Sa maison
ouvre jusqu’à 20h30 les soirs
de semaine, plus le samedi et
le dimanche.Un cas rare ! Elle
a été créée en 1994 par un
groupe d’étudiants du quartier, d’origine maghrébine.
Avec une conviction : « La réussite des jeunes d’ici passe par
l’école,martèle Hafid, l’un des
fondateurs,diplômé d’une école de commerce. Non, comme
on veut parfois le faire croire, par
la musique ou le sport. Mais ils
réussiront si un partenariat fonctionne entre l’école, la famille et
l’association. » À Zy’va, les parents sont totalement acteurs.
Un tiers des sièges au conseil
d’administration leur est réservé, et un autre tiers aux
jeunes ! Taos, une femme kabyle d’origine algérienne, veuve, vit seule avec ses trois garçons, un aîné de seize ans, des
jumeaux de quatorze ans.
« J’habite le quartier, et j’ai connu
Zy’va dès sa création, raconte-
t-elle. Mes enfants ne réussissaient pas à l’école, et j’avais du
mal à les aider. Ici, on leur a donné un vrai coup de pouce. Et ils
sont bien ici, ils se lâchent ! Ils
viennent à l’association presque
toute la semaine et participent
aux sorties organisées. C’est leur
deuxième maison ! »
Ses propos ont
un goût de fierté, de dignité
aussi. Chez
Zy’va, Taos est chez elle. Elle
participe à un atelier théâtre et
fréquente assidûment un cours
d’alphabétisation pour améliorer son français. D’autres
suivent des ateliers d’informatique ou de couture. Avec
plusieurs femmes, et bien sûr
les enfants et adolescents, Taos
participe aux sorties théâtre,
cinéma,aux visites de musées.
« Nous allons voir Molière, écouter Mozart », raconte Hafid. Le
cinéma, le théâtre,parlent une
langue dont il faut connaître
les codes pour s’adresser aux
professeurs à l’école, réussir,
trouver du travail. Et lorsque
l’on entre chez Zy’va,quelques
règles simples ne se négocient
pas : mixité, laïcité, respect,diversité. Et pas question d’entrer avec une casquette sur la
tête !
Résultats ? Étonnants !
Zy’va est devenu une référence
à Nanterre, et au delà . Le succès s’écrit bien sûr dans des
chiffres : 300 enfants inscrits,
40 en attente, 160 familles
concernées, 92 bénévoles de
tous horizons géographiques
et professionnels, 13 salariés.
L’association a su gagner le
soutien des enseignants, accueillis eux aussi régulièrement à l’association en compagnie des parents, pour des
réunions « café-thé à la
menthe ».Dans ce lieu neutre,
déconnecté de l’école, les
langues se délient. « Beaucoup
de parents hésitent souvent Ã
venir nous voir à l’école, souvent
à cause de la barrière de la
langue, explique un professeur,
Zy’va, c’est le moyen de leur permettre de rester parents, et de
s’impliquer dans la scolarité de
leur enfant. » Prendre rendez-
vous avec l’enseignant devient
plus facile, comme s’impliquer dans la vie du quartier.
L’association est devenue un
lieu de socialisation. « Ce qui
est important, c’est ce qui va se
créer, au-delà des devoirs à faire, rappelle Nacera, une des
permanentes. Ici,nous retissons
les liens de la cité. »
Gérard Desmedt,
journaliste à La Vie
www.zyva.fr






