PETIT NANTERRE. L’association Zy’va crée du lien : Les parents aussi zy’vont

Article publié dans le journal Résistances 2006

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Au-delà du soutien scolaire, une association aide à retisser les liens de la cité.

C’est une drôle de petite maison de briques, en forme de chalet, comme incongrue au pied des barres d’immeubles des Pâquerettes,dans le quartier populaire et cosmopolite du Petit Nanterre (Hauts-de-Seine). Dans la salle principale, l’atmosphère est studieuse. Autour des tables octogonales,des enfants et des adolescents travaillent en compagnie d’un adulte. Des étagères proposent des livres scolaires de tous les niveaux. Au mur,des dessins d’enfants.Un ordinateur est branché sur Internet.
Daischain, quinze ans, vient régulièrement : une heure trente le lundi, le mercredi et le vendredi,une à deux heures le dimanche. Un « accro » ! Élève en seconde, l’adolescent d’origine sri-lankaise avait des difficultés scolaires. Diane, vingt-huit ans, ingénieur agronome, l’accompagne pour les matières scientifiques.Elle est venue pendant deux ans, bénévolement, aider les enfants et les adolescents en difficulté scolaire, avant de devenir salariée de l’association. En quelques mois, l’amélioration des résultats de Daischain a été évidente.
Comme pour Mohamed, même âge, assis à la même table. En seconde également, il est arrivé d’Algérie voilà un an, en comprenant le français mais le parlant mal, et sans l’écrire…« En une année scolaire, j’ai fait des progrès spectaculaires », dit-il avec un sourire timide,dans une langue désormais fluide.

« Ils réussiront si un partenariat fonctionne entre l’école, la famille et l’association. »

Une deuxième maison
L’association Zy’va (« vas-y », en verlan) est beaucoup plus qu’une simple structure de soutien scolaire. Sa maison ouvre jusqu’à 20h30 les soirs de semaine, plus le samedi et le dimanche.Un cas rare ! Elle a été créée en 1994 par un groupe d’étudiants du quartier, d’origine maghrébine.
Avec une conviction : « La réussite des jeunes d’ici passe par l’école,martèle Hafid, l’un des fondateurs,diplômé d’une école de commerce. Non, comme on veut parfois le faire croire, par la musique ou le sport. Mais ils réussiront si un partenariat fonctionne entre l’école, la famille et l’association. » À Zy’va, les parents sont totalement acteurs.
Un tiers des sièges au conseil d’administration leur est réservé, et un autre tiers aux jeunes ! Taos, une femme kabyle d’origine algérienne, veuve, vit seule avec ses trois garçons, un aîné de seize ans, des jumeaux de quatorze ans.
« J’habite le quartier, et j’ai connu Zy’va dès sa création, raconte- t-elle. Mes enfants ne réussissaient pas à l’école, et j’avais du mal à les aider. Ici, on leur a donné un vrai coup de pouce. Et ils sont bien ici, ils se lâchent ! Ils viennent à l’association presque toute la semaine et participent aux sorties organisées. C’est leur deuxième maison ! »
Ses propos ont un goût de fierté, de dignité aussi. Chez Zy’va, Taos est chez elle. Elle participe à un atelier théâtre et fréquente assidûment un cours d’alphabétisation pour améliorer son français. D’autres suivent des ateliers d’informatique ou de couture. Avec plusieurs femmes, et bien sûr les enfants et adolescents, Taos participe aux sorties théâtre, cinéma,aux visites de musées.
« Nous allons voir Molière, écouter Mozart », raconte Hafid. Le cinéma, le théâtre,parlent une langue dont il faut connaître les codes pour s’adresser aux professeurs à l’école, réussir, trouver du travail. Et lorsque l’on entre chez Zy’va,quelques règles simples ne se négocient pas : mixité, laïcité, respect,diversité. Et pas question d’entrer avec une casquette sur la tête !

Résultats ? Étonnants !
Zy’va est devenu une référence à Nanterre, et au delà. Le succès s’écrit bien sûr dans des chiffres : 300 enfants inscrits, 40 en attente, 160 familles concernées, 92 bénévoles de tous horizons géographiques et professionnels, 13 salariés.
L’association a su gagner le soutien des enseignants, accueillis eux aussi régulièrement à l’association en compagnie des parents, pour des réunions « café-thé à la menthe ».Dans ce lieu neutre, déconnecté de l’école, les langues se délient. « Beaucoup de parents hésitent souvent à venir nous voir à l’école, souvent à cause de la barrière de la langue, explique un professeur, Zy’va, c’est le moyen de leur permettre de rester parents, et de s’impliquer dans la scolarité de leur enfant. » Prendre rendez- vous avec l’enseignant devient plus facile, comme s’impliquer dans la vie du quartier.
L’association est devenue un lieu de socialisation. « Ce qui est important, c’est ce qui va se créer, au-delà des devoirs à faire, rappelle Nacera, une des permanentes. Ici,nous retissons les liens de la cité. »

Gérard Desmedt, journaliste à La Vie
www.zyva.fr


Mis à jour le 1er 2006
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